Dépasser l’urgence : Promundia relève le défi !

Promundia en HaïtiPromundia au secours des oubliés

Voyager en Haïti est toujours une aventure, même en pleine capitale. Nids de poule, routes défoncées, artères congestionnées. Mais s’éloigner de la République de Port-au-Prince ressemble assez à un safari… sauf qu’ici les lions et les gazelles sont remplacés par des ânes et quelques porcs qui traversent les routes plutôt pompeusement.

Pour ceux qui viennent d’ailleurs et font le voyage en milieu rural pour la première fois, l’expérience ne manque pas de charme… Dépaysement total.

Malgré les inconvénients du voyage, le sentiment de retour à une ère pré-industrielle, la beauté des paysages, le rythme paisible, apportent une sérénité que le chaos de la capitale semblait bannir de l’existence même.

Sur la photo : La route conduisant à Lhomond, difficile et cahoteuse, devient presque impratiquable quand il pleut et que les rivières sont en crue.

Pourtant le scenario idyllique ne trompe pas les habitants des régions reculées de la capitale. Même à seulement 3 heures de route de Port-au-Prince, leur quotidien est rythmé par le manque total d’infrastructure. Leur dénuement crée une obsession: partir… à la capitale, en République Dominicaine, aux États-Unis…

L’absence de moyens de communication, d’écoles, de centres de santé, de services en général, se font de plus en plus insupportables. Le cercle est vicieux, inévitablement.

Promundia en Haïti Promundia en Haïti

Promundia, a choisi, dès sa première visite, deux jours après le séisme, de travailler en partenariat avec des organisations locales. Ceci s’est traduit par une action ciblée, venant en appui à des besoins identifiés. Ici, Promundia appuie l’un des centres hospitaliers du réseau de Santé DASH. Sous une tente dressée dans la rue devant l’entrée de cet hôpital, dont le personnel médical est totalement épuisé, Promundia prodigue des soins une longue file de malades.
Promundia et le MOUFHED (Mouvement des Femmes Haïtiennes pour l’Education et le Développement) ont organisé une série de journées de santé dans des camps de sinistrés au cours des mois qui ont suivi le séisme.
La collaboration solidaire de PROMESAS, un groupe de médecins américains, a été grandement appréciée par les résidents des tentes, sensibles à leur dévouement.

Comment rompre le cercle vicieux de l’abandon ?

Question que devraient se poser les plus de 10,000 ONGs qui se sont littéralement déversées sur Haïti au lendemain du séisme du 12 janvier.

La gestion de l’aide par les grandes organisations multilatérales, bilatérales et humanitaires fortement appuyées par leurs gouvernements, porte à croire que leur objectif fondamental pourrait être de s’assurer des espaces politiques et financiers qui correspondent aux intérêts de leurs pays respectifs, plus qu’à ceux d’Haïti.

Les campagnes publicitaires et la manipulation des statistiques ne parviennent pas à maquiller la vérité. La population haïtienne, aujourd’hui — comme le petit garçon qui, innocemment, avait osé dire que l’empereur était nu — la pointe du doigt.

Les blancs ne sont plus accueillis dans les camps comme des sauveurs mais plutôt rejetés comme des prédateurs… Cette réalité est même dénoncée par les principaux médias internationaux, obligeant les acteurs les plus visibles à un nouveau double langage

M. Bill Clinton, le big boss de la Commission Intérimaire de la Reconstruction d’Haïti (CIRH), principale instance de gestion de cette l’aide internationale, se plait aujourd’hui à critiquer le peu d’avancement alors que 40% de l’aide promise a bel et bien été décaissée…

M. Clinton, s’indigne même du fait que les sinistrés affrontent encore les intempéries tout comme ils le faisaient, il y a un an, sous des tentes (bien moins étanches qu’elles ne l’étaient quand elles furent données, il y a 13 mois). Il s’empresse, bien sûr, de pointer du doigt la corruption du gouvernement Haïtien (et par extension de tous les Haïtiens)… Il est responsable de la gestion de ces fonds, au même titre que le Premier Ministre haïtien.

Quand on connaît un peu la structure des budgets faramineux de ces instances, cette justification ne convainc pas, d’autant plus que la gestion de l’aide n’est confiée à aucune instance nationale !

Au delà de ces constats, pénibles certes, l’important demeure que l’aide s’embourbe dans une logique d’urgence permanente … L’épidémie du choléra justifie encore qu’on s’y perpétue… Les mesures pour palier les problèmes (logements, sanitaires, travail, etc.) dans une perspective de long terme ne sont toujours pas prises…

Ceux et celles, à travers le monde, qui ont donné avec tant de générosité à Haïti, au lendemain de la catastrophe du 12 janvier 2010, nourrissaient un rêve : donner des moyens au pays le plus pauvre de l’Amérique de se construire… En effet, avec tant de millions et tant d’experts, il semblait possible de construire, reconstruire, refonder la nation… On en était aux discussions sur les nuances de ces mots… Aujourd’hui ce débat paraît désuet.

Promundia en Haïti Promundia en Haïti

Madame Elie Elahi Palisban, Présidente de Promundia, s’informe sur la distribution d’eau dans les camps de réfugiés. L’accès à l’eau étant une des préoccupations majeures de Promundia.
Signature le 28 janvier 2011, du protocole d’accord et de coopération entre le Rotary D1680, représenté par Anita Grimm (Gouverneur) et l’ONG Promundia.

Une ambition : créer le premier maillon d’un réseau de centre de soins dans une perspective de santé durable

Au milieu de cette déliquescence de l’aide, certaines organisations assument l’urgence de dépasser l’humanitaire… de sortir, précisément, de « l’urgence ». Reconstruire, penser au durable. Dans cette logique, s’inscrit le projet de l’organisation humanitaire Promundia : début de la construction, au mois d’avril, d’un centre de soins (dispensaire) dans la commune de Lhomond. Ce village, isolé des principaux axes routiers, à trois heures à peine de la capitale en allant vers le sud, n’offre aucun service de santé à ses 14,000 habitants.

Promundia, déjà implantée en République Dominicaine, n’a pas hésité une seconde à porter son aide au lendemain du séisme du 12 janvier. Le 14 elle faisait partie du premier convoi (terrestre) qui partait de Saint Domingue pour apporter des secours. L’aéroport de Port-au-Prince était sous contrôle militaire des États-Unis.

Promundia a canalisé de l’aide médicale vers Haïti, via la République Dominicaine. Les secouristes Français de Loraine (Medilor), désespérant de ne pouvoir rentrer en Haïti, avaient lancé un SOS dans le journal local de Strasbourg… Madame Elie Elahi Palisban, présidente de Promundia, les contacte immédiatement… Une fois en Haïti, dans ce scenario de dévastation totale, c’est encore Promundia qui identifie un espace où les installer… Les sinistrés du séisme ont ainsi pu bénéficier des soins de Medilor.

Une dizaine d’autres médecins, Français et Haïtiens vivant en France, ont également pu, par le biais de Promundia, apporter leur soutien dans ces moments dramatiques. Au lieu de tourner en rond, comme tant d’autres organisations humanitaires, Promundia a pu introduire les volontaires dans des structures locales afin de maximiser leurs contributions.

En collaboration avec le Moufhed (Mouvement des Femmes Haïtiennes pour l’Education et le Développement), Promundia a également organisé des journées de santé dans des camps, mobilisant aussi une organisation médicale des Etats Unis, Promesas, apportant directement des soins médicaux à ceux qui en avaient besoin, et qui avaient du mal à se déplacer, tout au long des mois de février à mai 2010.

Dans les tous premiers jours, Promundia a aussi soulagé la faim de 60 enfants d’un orphelinat localisé près de l’épicentre du séisme, où aucune aide n’était parvenue.

En juin déjà, Promundia choisit de laisser l’urgence aux grandes organisations et de se consacrer à la conception de projets de longue haleine.

Le premier projet est de créer des lieux de vie dans des espaces encore habitables, afin d’encourager les habitants de ces quartiers à abandonner les camps où se concentrait la distribution de l’aide. Un premier projet pilote se propose de démontrer qu’en offrant certains services de base, principalement l’eau, et en améliorant les conditions sanitaires, ils reviendraient volontiers à leurs quartiers… Il s’agirait aussi d’offrir un accompagnement au niveau de l’organisation et de la gestion de ces ressources, afin de garantir la pérennisation de l’aide et une plus grande autonomie des populations concernées.

Un autre projet, qui démarre en Mars, est celui de la création d’une chaîne de centres de santé, dans des zones géographiquement isolées, peu ou mal desservies, où les patients risquent de perdre leur vie avant d’atteindre un hôpital capable de prodiguer des soins en cas d’urgence.

Le projet d’un dispensaire à Lhomond s’inscrit dans cette dynamique. Avec le temps, d’autres services (éducation, eau…) viendront se greffer à celui de la construction du dispensaire.

Le projet du dispensaire de Lhomond compte avec l’appui du Rotary International, District 1680 Alsace-Franche Comté, mobilisant aussi d’autres districts séduits par ce projet, dont l’un des principaux objectifs est d’éclater le schéma traditionnel de concentration de ressources sur Port-au-Prince. Un accord a été signé entre la Gouverneur de ce District, Madame Anita Grimm et Promundia.

Promundia en Haïti Promundia en Haïti

Rencontre à Lhomond entre Promundia et les notables de la zone, partie prenante du projet.
Le centre de santé à Lhomond apportera une solution à une population isolée, sans accès facile même à des soins de première nécessité.

En marche…

Le projet du dispensaire pourra démarrer immédiatement grâce à la participation des habitants de la zone : à souligner que des professionnels issus de la zone, partis étudier ailleurs dans leur jeunesse, désireux de contribuer au développement de leur terre natale, se sont engagés avec enthousiasme dans ce projet. En mars, après les élections, la construction de la première phase des installations commence.

Cependant, l’action de Promundia commencera même avant cela, une équipe de 10 médecins d’Alsace, se rendra à Lhomond à la fin de ce mois de février pour des journées de santé. L’objectif est double : d’un côté, connaître la zone et, de l’autre, apporter une aide a la région avant même la construction des locaux.

Une grande tente, installée sous les superbes manguiers de Lhomond, servira de salle de consultation… A Rome on fait comme les Romains…

Cette première action permettra à Promundia de mieux connaître les différents acteurs de la communauté — notables, institutions et organisations — afin de tisser des liens de collaboration… évitant ainsi d’évoluer en vase clos.

Le projet

En octobre 2010, une visite à Lhomond confirme que le projet tient la route. En effet, l’analyse de la situation et des besoins locaux, des attentes des habitants et des réalités sanitaires convergent : les professionnels de la santé estiment que Lhomond réunit les conditions nécessaires pour la création d’une structure médicalisée se projetant dans le long terme.

Les habitants de Lhomond, environ 14,000, auront accès à des soins malgré les moyens de locomotion très limités de la zone. Fini les longs trajets, sur une route impraticable en saison de pluies. Trop pénible pour un malade, dangereux même…

L’arrivée à l’hôpital ou au centre médical ne représente pourtant que la première étape du calvaire. Si le déplacement est couteux pour un paysan, les soins eux-mêmes sont inaccessibles pour bon nombre d’entre eux : il n’existe aucune prise en charge sanitaire, même pour les soins les plus élémentaires.

Le projet s’engage à mettre en place l’infrastructure et la logistique nécessaires au fonctionnement d’un dispensaire. La population des villages situés dans un rayon de 15 km — 1 heure à moto ou environ trois heures de marche— n’auraient à payer qu’une modique somme, juste assez pour les responsabiliser.

Le momentum est créé, la machine est en marche, le reste se mettra en place, petit à petit. De façon modulaire.

Notre rêve : que ce dispensaire — géré localement — soit, un jour, le maillon d’une chaîne sanitaire à reconstruire en Haïti.

Haïti Live, le 18.02.11